LA MAISON DU FOU DU ROY !
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La construction est connue sous le nom de Maison du Fou du Roy. Mais qui était ce Fou du Roy, ce bouffon, ce personnage pittoresque attaché à la personne du roi pour le divertir ? Si son nom est bien connu, sa date de naissance ne l'est pas : les archives de notre bibliothèque municipale nous apprennent que Guillaume Marchand est né au milieu du XVIe siècle sans autre précision. Il était le fils d'un apothicaire lovérien auquel d'ailleurs il devait succéder, devenant à son tour propriétaire de plusieurs immeubles situés entre la rue des Quatre Moulins, la rue Maréchal Foch et la rivière. Le pharmacologue boute-en-train Personnage excentrique et fort curieux, ainsi que le précisent maints ouvrages du temps, Guillaume Marchand était un jovial compagnon, véritable boute-en-train, se faisant remarquer par la bizarrerie de sa conduite, ce qui lui créait une certaine renommée parmi ses compatriotes. Enragé ligueur, il prenait plaisir à lire les recueils de facéties du XIVe siècle dont les " Evangiles de Quenoilles " redevenus à la mode et à entendre les sermons plus ou moins triviaux ou comiques de certains moines de l'époque, ce qui lui fournissait un répertoire personnel d'une richesse baroque, émaillé le plus souvent de mot hardis et parfois grossiers. Guillaume Marchand serait certainement un simple et jovial pharmacologue dont la renommée n'aurait guère dépassé les fortifications de sa ville, si une circonstance fortuite ne l'avait fait remarquer. Nous étions le 6 Juin 1591 et les Huguenots, sous le commandement du Maréchal de Biron, assiégeaient Louviers. Au cours de l'assaut final, facilité par une trahison (l'abbé Jean de La Cour chargé de surveillance du haut du beffroi de l'église ne signala rien d'anormal !), Guillaume Marchand qui se défendait avec acharnement contre les envahisseurs,
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reçut d'un de ceux-ci un violent coup de hallebarde qui lui ouvrit le crâne. Ses jours furent, durant un certain temps, en danger. Il guérit. C'est alors que ceux qui l'avaient fait prisonnier furent surpris autant qu'égayés, des discours et des conversations drolatiques qu'il tenait. Le fait parvint à la connaissance de M. du Rollet, capitaine de Pont-de-l'Arche, qui venait de participer au siège de Louviers. Après s'être assuré par lui-même du langage fort pittoresque que tenait le Lovérien, il l'envoya au cardinal Louis de Bourbon, archevêque de Rouen, comte de Louviers, que les ligueurs avaient déclaré " Roi de France " sous le nom de Charles X. Ce prince et les personnages de sa suite se divertirent fort des discours de Guillaume Marchand. En 1594, un coup d'épée avait privé Henri IV de son premier fou, le béarnais Chicot, blessé à Rouen, hospitalisé à Pont-de-l'Arche où il mourut quelques temps après. Un coup de hallebarde devait lui donner son second, le Lovérien Guillaume Marchand, qui, nommé Fou du Roy, prit le nom de maître Guillaume et pour armoiries " Deux flacons, mie parties, l'un de vin blanc, l'autre de clairet ", soulignées par la devise : " Tout est de caresme prenant ". Le nouveau fou royal fut bien vite très populaire en France. Il usait d'ailleurs de la liberté pleine et entière que lui conférait son office de fou, lançant à travers mille sottises bien les vérités que les rois et les grands seigneurs de la cour n'auraient jamais consenti à entendre de la bouche d'un sage. Aussi les auteurs satiriques, les pamphlétaires de son temps, saisirent les dispositions d'esprit du bouffon et en profitèrent pour publier sous la signature de Maître Guillaume une foule d'écrits mordants contre les personnages politiques du siècle. Si l'on ne connaît pas la date de naissance de Guillaume Marchand, l'on ne connaît pas plus la date de sa mort, l'on suppose qu'il a vécu jusqu'en 1617, bien que certains avancent l'année 1605 et d'autres lui préfèrent 1622. Ainsi Guillaume Marchand aurait survécu à Henri IV (que notre bouffon appelait " Monsieur mon Ami " et la reine " Madame Mamie ") et serait passé au service de Louis XIII.
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